Une jeune dame qui accorde une interview sur la pandémie de coronavirus. Niamey 2021
Une jeune dame qui accorde une interview sur la pandémie de coronavirus. Niamey 2021

En mars 2020, le premier cas de covid 19 a été découvert au Niger. Depuis  lors des mesures de distanciation ont été mises en place par les autorités du pays pour limiter la propagation de la pandémie. A la date du 22 février 2021, au total, 4740 cas de coronavirus ont été confirmés au Niger selon le site coronavirus.ne, un site dédié à la gestion de la pandémie.

Dans la gestion de cette pandémie, plusieurs pays et organisations ont accompagné l’état nigérien. Le 15mai, une formation de 500 agents de santé et 200 agents de surface sur les mesures de prévention et de contrôle des infections au Niger a été lancée. Tout ceci dans l’optique de prévenir la maladie. En Août  2020, un financement de l’Association Internationale de Développement IDA, composé d’un prêt d’un montant global de 100 millions de dollars et destiné à renforcer les capacités des administrations locales au Niger, a été annoncé par la Banque mondiale.

 

A cela s’ajoutent quelques initiatives privées et aussi quelques initiatives au niveau de l’Etat pour stimuler les Nigériens eux même à contribuer à la lutte contre la pandémie de coronavirus. 

 

Au Niger, quel regard les acteurs de la société civile portent sur la gestion de la pandémie du covid 19 ? Discutons-en avec Mamane Kaka Touda, un acteur de la société civile.

 

« Aujourd’hui, le Niger ne peut pas aussi sortir de cette démarche mondiale. La preuve, c’est que chaque soir, dans le journal télévisé, un  communiqué du ministère de la Santé fait cas du nombre de tests faits par jour, nombre de cas positifs par région donc,  je pense qu’il y a une dynamique qui est enclenchée et aujourd’hui, le Niger, dans le cadre toujours de cette dynamique internationale a engagé ce processus de vaccination des personnes dont  l’âge est compris entre 18 et 75 ans.

Donc je pense que beaucoup ont pris leur première dose. Certains ont même pris leur deuxième dose. Même si le processus est lent, je pense que nous sommes sur la bonne voie. Maintenant, la gestion dont je parlais a plusieurs axes. Il y a la gestion de la pandémie elle-même. Il y a aussi la gestion, par exemple, en termes de personnel. Est-ce qu’aujourd’hui, on a suffisamment de personnel qui comprennent ce sujet et qui sont aptes à le prendre en charge ?

Est-ce que ce sont des personnels qui sont formés sur cette maladie? Parce que c’est une nouvelle. Ou bien quand vous prenez aussi la gestion en termes financière aussi… »

 

C’est justement ce qui m’amène au deuxième temps de cette interview. Envie de savoir aujourd’hui quand vous, en tant qu’acteur de la société civile, vous observez les actions du gouvernement dans le domaine, par exemple, du déploiement des médecins dans la gestion de cette covid. Qu’est-ce que vous vous dites ?

 

« Au niveau des hôpitaux, il y a des gens qui se sont portés volontaires pour pouvoir accompagner le gouvernement. En tout cas, le ministère de la Santé est dans cette dynamique parce que dès les premières heures de cette crise de la pandémie, il s’est trouvé qu’il n’ y avait pas beaucoup d’agents de santé.

Or, il y a des gens qui se sont vraiment donné et à qui on devrait donner un certain nombres d’indemnités. Et je pense que les gens ont critiqué à un certain moment. Certains font quatre mois d’arriérés de paiement d’indemnités. En tout cas, moi je pense que c’est énorme. Et sur ce point, j’espère que vous allez leur donner la parole. Maintenant, la gestion de manière générale, quand vous prenez, il vous souviendra que le Niger, dès les premières heures, avait ouvert un compte à la BAGRI.

Toutes les sociétés, les compagnies de ce pays, même les bonnes volontés, moi j’en ai vu. Une personne, une seule personne donner 5 millions ou 10 millions en termes de contributions  parce que les gens étaient engagés à le faire. Un jour, on entend en plein conseil de ministres que ce comité chargé de la cellule de gestion de la maladie du covid a été dissoute. Et le compte qui était ouvert à la BAGRI pour alimenter ce fonds de la covid 19, le compte a été fermé et que directement c’est le Trésor qui gère. À cette date où je vous parle, on aurait souhaité, ça m’arrive régulièrement de parler sur cette question pour dire qu’il faut qu’ils donnent des comptes rendus. Une chose est de dissoudre la cellule de gestion financière logée au niveau de la Primature. Autre chose c’est de nous dire qu’est ce qui est à la base de la dissolution de cette cellule. Jusque-là, on n’a pas la réponse.

C’est pourquoi nous exigeons à ce qu’il y ait vraiment plus de transparence si telle est que les gens vont croire. Moi, je suis la première victime au Niger de cette pandémie. Pour avoir dit qu’il y a un cas de coronavirus, j’ai fait la prison pour ça. J’ai fait quatre jours à la PJ avant de faire deux semaines à la prison civile mais le temps que mon procès soit programmé, le jour où je me suis présenté au juge, tout le monde était vraiment bloqué.

« Tu ne les reconnaissais même pas, les gens. Donc, je pense qu’à un niveau ou à un autre il faut que les gens rendent compte et si tel est que il n’y a pas de transparence, Il n’y a pas de redevabilité dans cette affaire, c’est que c’est une affaire de business que les gens font, évidemment que les gens ne vont pas croire. Donc, vraiment jusque-là  ils sont en train de gérer cette affaire, mais s’ils faisaient plus de points de presse, ils avaient fait au moins deux points de presse à l’époque, la cellule, pour dire que nous sommes à 1 milliard et quelques. Maintenant où en sommes-nous par rapport ? Si on faisait le point, et même aujourd’hui, en terme de vaccination, si le comité se réunissait aujourd’hui pour nous dire voilà le nombre de personnes qui ont été vaccinées. Voilà l’âge compris entre tel et tel. Je pense que ça peut donner également. On a vu également une vidéo circuler où on montre une dame à qui on a fait la première dose de vaccin qui s’est retrouvée… »

 

Et cette vidéo, je vous informe que ça a été vérifié , c’est une fausse vidéo.

« Tout à fait !  c’était juste pour dire que le ministère était obligé d’envoyer une enquête pour voir et que voilà, ça s’est avéré que c’était une dame chronique. Elle avait déjà des allergies, c’est connu dans les centres de santé, donc c’était juste une coïncidence. Aujourd’hui tu vas voir des personnalités ou des gens qui ont atteint un niveau très élevé de connaissances vont te dire que non, moi je ne crois pas à cette maladie, moi je ne fais pas de vaccins, c’est autre chose. Je pense qu’il y a un besoin de sensibiliser. »

 

Et si on revient un peu par rapport à la gestion financière, outre ce compte qui a été créée pour que les nigeriens puissent contribuer et via bien évidemment des dons qui ont été accordés au Niger par la délégation de l’Union européenne, par la Banque mondiale… est-ce que vous aujourd’hui, vous  pensez que ces fonds ont suivi le processus de transparence que vous en tant qu’acteur de la société civile, vous réclamez toujours ?

 

«  Mais je pense que je ne peux pas tout de suite dire que ça n’a pas été bien géré ou ça a été bien géré.

Étant donné que si au moins on faisait régulièrement des comptes rendus par rapport à cela, si les gens venaient nous dire que bon voilà par rapport à un tel fonds, un tel fonds. Voilà comment cela a été géré, je pense qu’on peut avoir une idée. Maintenant la question telle que vous me la posez, je risque de dire mon opinion qui peut ne pas être… donc vraiment, c’est de les inviter plutôt à plus de transparence en rendant compte régulièrement.

On peut le faire et c’est comme ça que vous allez donner plus de plus de crédibilité pour vous même. Mais vous allez mettre en confiance également les populations pour qui ont fait tous ces dons. Pour le moment, on ne peut pas les taxer d’avoir bradé ou de ne pas avoir bradé. Mais le fait de ne pas se prononcer laisse des doutes. »

Le vaccin, vous avez déjà votre dose ?

« Je suis en train de voir comment m’organiser pour aller prendre ma première dose. Moi, je ne cache rien. Tout ce que je fais je le rend public. Je pense que le jour où je vais faire ma première dose, je vais prendre une image, je vais la poster et en même temps, inviter les autres à y aller aussi. »

Vous êtes connu pour être vraiment attaché à la région de Diffa. Comment se passe la vaccination dans la région de Diffa?

« Mais écoutez, même si on n’a pas le retour des populations de Diffa, déjà, on sait que c’est une région extrêmement vulnérable. C’est une région en proie à une crise sécuritaire depuis 2015, où on a énormément de personnes qui vivent dans la précarité, d’un besoin pressant de l’eau, de l’alimentation, n’est-ce pas? Et ce n’est pas qu’on parle de plus de cent mille, deux cent mille réfugiés. On parle de plus de cent mille déplacés internes. On parle de plus de 20.000 retournés. C’est déjà énorme. Si on ne fait pas attention déjà à cette crise sécuritaire, si jamais une crise sanitaire vient se greffer, on ne va même pas savoir où est-ce qu’on va rattraper. C’est pourquoi je pense que le gouvernement, à travers le ministère de la Santé, mesure déjà l’ampleur de cette région et c’est ce qui, peut-être, justifierait cette forte mobilisation de ces gens-là.  Le processus suit son cours. Et je pense qu’il viendra un moment où les autorités régionales compétentes vont s’arrêter, marquer un pas et faire certainement le bilan au niveau de la région. »

 

Avez-vous quelque chose à ajouter ?

 

« Quelque chose à ajouter, c’est toujours un appel, un appel vraiment pressant à l’endroit du gouvernement, à l’endroit du ministère de la Santé, de communiquer. Parce qu’il ne s’agit en rien de brutaliser les gens. Voyez-vous, moi, j’avais dit qu’il y a un cas de coronavirus et on m’a arrêté et enfermé. Pendant que j’étais en prison, le 19 mars 2020, le ministre que je vois à la télé, vient annoncer le premier cas de covid. Si on avait fait de l’anticipation, peut-être qu’on allait régler la situation. Mais je pense que le fait de brutaliser les gens, faire peur aux gens, du coup aujourd’hui les gens ont peur même de s’exprimer. Donner la permission aux gens de s’exprimer sur le sujet et dans tous les cas les spécialistes vont recadrer. J’appelle vraiment à ce qu’ils communiquent davantage. S’il n y a pas de communication, et bien la nature a horreur du vide. Et ce vide sera probablement comblé par de fausses informations. Si vous ne voulez pas qu’il ait des fausses informations, il revient au ministère de mieux communiquer et je pense qu’on peut éviter beaucoup de choses. »

 

Après presque une année de pandémie, la mise en place d’un vaccin a été d’une importance capitale. En avril 2021 le Niger a reçu sa première dose de vaccins Sinopharm. Selon un communiqué de l’Unicef, plus de 355 000 doses de vaccins contre la covid19 sont arrivés à Niamey. Cette livraison fait partie d’une première vague qui se poursuivra dans les semaines à venir. Alors, et les populations que pensent –elles de cette initiative ?comment elles appréhendent la vaccination ?

 

« Le vaccin corona virus je pense que c’est une très bonne chose. Ils ont bien fait d’amener ce vaccin au Niger parce que maintenant si tu ne te vaccine pas tu ne peux pas voyager. C’est comme le billet au fait. C’est aussi comme une assurance, l’assurance que tu ne crains riens quand tu voyages. »

 

« Les blancs qui ont fait le vaccin, nous avons un climat diffèrent du leur. Ce n’est pas parce qu’ils ont fait le vaccin que je dois le faire. »

 

A quelques mois du début des vaccinations, plusieurs questions se posent. Quelle est l’état de lieu de la vaccination au Niger ? Quelle différence entre les deux vaccins ? Et bien nous sommes allés à la rencontre de Foumakoye Gado. Il est docteur à l’hôpital général de référence.

 

« Pour ces deux vaccins, c’est le même type de vaccin hein. La seule différence c’est vraiment le laboratoire qui les produit et également la méthode d’approvisionnement de ces vaccins. Le vaccin Sinopharm a été un don vraiment de la coopération chinoise qui nous a donné  400000 doses de vaccins tandis que le vaccin AstraZeneca que nous avons actuellement vient de l’initiative covax, une initiative qui a été mise en place pour essayer de créer l’équilibre entre les pays dits développés et les pays en voie de développement pour l’obtention du vaccin. C’est vraiment la seule différence concrète et scientifique qu’il y a entre ces deux vaccins. Toutes les autres considérations que l’on entend sont purement des petites guéguerres de laboratoires et ce que les gens lisent à gauche et à droite sur whatsapp. »

 

Et surtout sur les réseaux sociaux, les gens disent que Sinopharm c’est pour les jeunes et AstraZeneca c’est pour les vieux.

 

« Non en fait, c’est que tout simplement le Sinopharm a été introduit en premier et c’est adressé vraiment à l’ensemble de la population de 18ans à plus. Tandis que effectivement l’AstraZeneca dans certains pays on a retenu de faire ce vaccin exclusivement  aux patients qui ont 55ans et plus en raison de certaines études qu’ils ont nommé et qu’ils ont effectué mais vraiment au niveau local ou régional et qui n’est pas forcement l’avis de tout le monde. Donc vous avez des pays qui actuellement le font pour les 18ans et plus et d’autres pays qui le font exclusivement pour les 55ans et plus. Le Niger a choisi de le faire pour les 55ans et plus pour le moment. »

 

On peut dire que les journalistes sont plus que jamais sous pression et qu’ils sont également en concurrence avec des reporters non traditionnels. Toute personne ayant accès à un téléphone portable et à internet peut partager des informations, des images, et des vidéos sans avoir à vérifier la véracité du contenu. Des informations non vérifiées peuvent rapidement se trouver sur les plateformes de médias sociaux ou dans les messages whatsapp. Ce qui peut augmenter le flow de fausses informations. Les fausses informations sur la santé peuvent être dangereuses et même mettre la vie en danger comme le montrent les effets négatifs sur les campagnes  de la rougeole, de la polio et maintenant de la covid19. Bien que le respect des gestes barrières a diminué au Niger ces derniers temps, le nombre de contaminations au Niger reste encourageant. Du moins par rapport à certains pays. Cependant, cette pandémie impacte plusieurs secteurs d’activité et laisse les populations dans une impasse relative. Entre l’attente de l’ouverture des frontières terrestres et la levée de certaines barrières liées à la covid19.

Nafissatou Hamadou Saley