Après une suspension en 2020 en raison de la crise sanitaire, c’est la deuxième fois depuis 2019 que j’organise un 14 juillet mais, comme vous le voyez, c’est encore une réception un peu particulière ce soir, dans un format beaucoup plus restreint que d’habitude, toujours en raison des contraintes sanitaires. Je prie celles et ceux que nous n’avons pas pu accueillir cette année de bien vouloir nous excuser et formule le voeu que, dès l’an prochain, nous puissions revenir un format plus large.

Mesdames et Messieurs,

Nous nous réunissons quelques jours seulement après la visite que vient d’effectuer le Président de la République du Niger, M. Mohamed Bazoum, le 9 juillet à Paris où, après avoir participé à un sommet du G5 Sahel en visio-conférence, dont une partie à laquelle la France était invitée, il a été reçu par le Président Emmanuel Macron.

Cette visite présidentielle est loin d’être le premier contact entre nos deux chefs d’Etat, qui avaient déjà pu échanger le 18 mai à Paris dernier lors du Sommet sur le financement des économies en Afrique ou  le 23 avril à Ndjamena à l’occasion des obsèques du président Déby, sans parler de leurs nombreux échanges téléphoniques.

Cette proximité immédiate entre nos deux présidents de la République, qui prolonge une tradition bien établie, est le reflet de la richesse de notre relation bilatérale, particulièrement dans le domaine sécuritaire qui était au coeur des échanges de Paris vendredi dernier et sur lequel je reviendrai dans quelques instants.

Mais avant cela, Mesdames et Messieurs, je voudrais revenir sur ces moments exceptionnels qu’a vécus le Niger au cours des derniers mois.

Le Niger a en effet pu mener à bien un processus électoral complexe avec des élections locales, législatives et présidentielles, précédées d’une campagne électorale très intense, et parfois virulente, comme dans toute démocratie.

Des élections historiques, donc, avec pour la première fois dans l’histoire du Niger, une transition démocratique entre deux présidents élus.

Il faut d’abord féliciter vivement toutes les autorités concernées pour la très belle réussite de ces différents scrutins, et en premier lieu la CENI, dont je salue le président, Me Issaka Souna,-présent parmi nous ce soir. Et nous avons également une pensée pour les 7 agents de la CENI décédés le jour même du scrutin dans l’accomplissement de leur mission.

Félicitations aussi au président Bazoum, bien sûr, et à tous les nouveaux élus à l’Assemblée nationale et dans les collectivités locales.

Il faut également rendre hommage au président Issoufou, un grand homme d’Etat qui a su ainsi consolider la démocratie dans son pays, et auprès duquel j’ai été très honoré de servir comme ambassadeur pendant deux ans.

Mesdames et Messieurs,

Le Président de la République du Niger a rapidement fixé les priorités de son mandat, déclinées par le gouvernement dans le discours de politique générale du Premier ministre et soutenues par la nouvelle Assemblée nationale.

La France entend plus que jamais confirmer son soutien au Niger dans la mise en œuvre de ce programme ambitieux.

Je commencerai par la question essentielle de la sécurité.

Nos deux présidents se sont clairement exprimés à ce sujet vendredi dernier lors de leur conférence de presse conjointe à Paris. Je ne vais pas répéter leurs propos. Je souligne toutefois, comme vous l’avez tous remarqué, leur grande convergence de vues sur les orientations stratégiques nécessaires et donc, sur la reconfiguration, qui était attendue, du dispositif Barkhane qui débutera dans les prochaines semaines.

Cette évolution de la présence militaire française au Sahel est le fruit d’une concertation étroite avec le Niger et les autres Etats du G5 Sahel, concertation entamée dès le début de l’année 2021 dans la préparation du sommet de N’Djamena puis poursuivie jusqu’à ces jours derniers.

Le sens et les principes de cette évolution ont donc été clairement exposés par le Président Emmanuel Macron et peuvent se résumer ainsi :

– d’abord la France reste engagée au Sahel, parce que cela lui est demandé par les Etats de la région, mais elle n’a pas la vocation non plus, ni encore moins la volonté, de rester éternellement engagée dans la région ;

– notre présence est la réponse à une menace globale, qui dépasse le continent africain mais dont les principales cibles et victimes sont les populations africaines et particulièrement celles du Sahel, et notamment du Niger. Notre ennemi commun, ce sont les groupes terroristes Al Qaida et Daech et leurs ramifications dans la région. Ce combat est aussi le nôtre, nous Français et Européens. ;

– nous adaptons notre dispositif à une menace qui a elle-même évolué et qui est plus diffuse et dispersée, notamment grâce aux coups que nous lui avons portés par nos opérations conjointes entre les forces armées nigériennes et la force Barkhane. C’est un partenariat opérationnel exemplaire que nous avons mis en œuvre, qui s’est matérialisé non seulement par une coordination à haut niveau et la mise en place d’un PC tactique conjoint mais aussi, sur le terrain, par le mixage d’unités jusqu’au plus petit échelon pour aller au combat. Je rends hommage ce soir à tous les soldats nigériens et français qui combattent côte à côte, comme ces derniers jours lors de l’opération Solstice dans le Liptako ;

– notre présence s’articulera désormais autour de deux missions :

                -> la poursuite de la neutralisation du haut commandement des organisations terroristes, notamment grâce à la Task force Takuba des forces spéciales européennes. Une réflexion a été lancée par nos deux présidents pour élargir le mandat de Takuba à la lutte contre le terrorisme au Niger ,

                -> la montée en puissance des armées de la région , avec une dimension coopération pour continuer de former, entraîner, équiper et conseiller les armées partenaires, que ce soit à travers des dispositifs multilatéraux tels qu’EUTM dont le mandat va être étendu au Niger ou par nos actions de coopération bilatérale en matière de défense dont je citerai trois exemples emblématiques :

  1. l’appui au 71ème BSI de Dosso, projet complet incluant les volets formation, équipements et infrastructures dans lequel la France a investi jusqu’à présent 18 M€  (12 Milliards FCFA);
  2. le transfert complet de la capacité de combat hélicoptère Gazelles avec la cession déjà réalisée de 3 appareils et la formation de pilotes et de mécaniciens. Ces hélicoptères sont un outil de combat particulièrement bien adapté aux réalités du terrain sahélien et aux modes d’action des terroristes, que Barkhane utilise au quotidien ;
  3. et enfin l’appui à l’EPPAN, l’école des personnels paramédicaux des Armées de Niamey, à laquelle l’Union européenne apporte également un soutien important.

– il y aura aussi dans le futur dispositif une dimension réassurance pour pouvoir intervenir rapidement au profit des forces partenaires grâce à nos capacités aériennes déployées au Niger, et plus précisément à Niamey qui, avec l’accord du Président Bazoum, sera donc amené à jouer un rôle encore plus important. Je salue à cet égard le colonel Malard, commandant de la base aérienne projetée, qui va bientôt quitter Niamey après une mission d’un an particulièrement intense.

Cette coopération entre le Niger et la France dans la lutte contre le terrorisme n’est pas seulement militaire mais également policière, avec l’ensemble des forces de sécurité intérieure. Je me réjouis à cet égard de l’excellent partenariat noué avec le Ministère de l’Intérieur dans plusieurs domaines

Grâce à son réseau de coopérants installés au sein même des différents services de la police, de la garde nationale et de la gendarmerie, la France propose des actions cohérentes de coopération opérationnelle et structurelle. Dans le domaine de la lutte contre le terrorisme, la plus marquante concerne la mise en place ces jours-ci d’une équipe conjointe d’investigation, avec des enquêteurs français, espagnols et nigériens, financée par l’Union européenne et adossée au Service Central de Lutte contre le Terrorisme (SCLCT) et qui permettra d’améliorer considérablement les résultats opérationnels de ce service, à l’instar de ce qui existe déjà en matière de lutte contre les flux migratoires irréguliers.

La lutte contre l’immigration et le contrôle des frontières font en effet partie des priorités de notre coopération, c’est la raison pour laquelle avec l’Italie, un projet de création d’une Ecole Nationale à Vocation Régionale « Gestion coordonnée des frontières » a été lancé. Cela contribuera à la restauration et au renforcement de la présence de l’Etat dans les zones frontalières en adaptant les modes d’intervention sécuritaire au développement socio-économique

Mesdames et Messieurs,

Comme vous le constatez, beaucoup de développements sur la sécurité ce soir, actualité oblige. Mais la coopération entre la France et le Niger s’étend naturellement bien au-delà de ce secteur.

La lutte contre le terrorisme et l’insécurité en général passe aussi par une coopération civile résolument axée vers les zones de crise, c’est tout l’enjeu du « sursaut civil » décidé par nos chefs d’Etat lors du Sommet de N’Djamena en février dernier.

La France, et particulièrement l’Agence française de développement, se mobilise ainsi dans le sens des priorités de la Coalition pour le Sahel. Avec par exemple le projet Redressement Tillabéri (8 M€) dont la mise en oeuvre a été confiée à la Haute Autorité à la Consolidation de la Paix (HACP), dont je salue le président, le général Abou Tarka, avec des résultats déjà très encourageants : des ouvrages et équipements d’alimentation en eau potable, des centaines d’hectares de terres restaurées, la tenue de forums de la paix dans la plupart des communes de la région.

L’idée principale est vraiment d’appuyer le retour de l’Etat dans ces zones en crise, le 3ème pilier de la coalition, qui est à la base de plusieurs autres projets de coopération de l’AFD, comme l’appui à la modernisation de l’Etat (5M€), ou à la justice (5M€).

Au-delà de ces actions, je voudrais insister sur deux secteurs de coopération qui sont à la fois des priorités du Niger  et donc, les nôtres aussi: la santé et l’éducation.

En matière de santé, la France s’est rapidement mobilisée en soutien au Niger face à la crise sanitaire liée à l’épidémie de covid 19 :

  • avec ses partenaires européens et américains pour la distribution de vaccins dans le cadre de l’initiative COVAX;
  • par des appuis budgétaires importants au Ministère de la Santé de plus de 3M€, qui transitent par l’AFD;
  • la France a été par ailleurs à l’avant-garde du combat au G20 et au Club de Paris pour l’allégement du service de la dette, dont le Niger a pu bénéficier en 2020 et 2021, avec un report de paiement de 8,5M€ qui a permis au Niger de concentrer ses ressources sur la lutte contre la pandémie et son impact sur la population et l’économie ;
  • par un soutien plus spécifique au laboratoire CERMES, dont je salue le directeur scientifique le Dr Jambou, qui a bénéficié de plus d’ 1M€ pour contribuer à sa remise à niveau, l’appuyer dans la conduite de ses activités par l’achat d’équipements et de matériels, et financer une dizaine de programmes de recherche.

Je tiens à féliciter à cet égard les autorités nigériennes, ministre de la santé en tête, pour leur gestion très volontariste de cette crise sanitaire et la constance de leur mobilisation.

Cette aide propre à la lutte contre la covid 19 s’inscrit dans le cadre d’une coopération plus large entre la France et le Niger dans le domaine de la santé, que ce soit par le canal multilatéral à travers le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme (dont la France est le 2ème contributeur mondial), ou sur le plan bilatéral par notre contribution de 13M€ au Fonds commun santé  ou d’autres projets plus spécifiques de l’AFD en la matière.

S’agissant de l’éducation, nous sommes très heureux que ce secteur soit la priorité du Président Bazoum, particulièrement la scolarisation des jeunes filles, et nous partageons pleinement son constat de son importance pour le développement du pays, y compris en matière de culture de la paix. C’est un moment décisif. Il faut que les choses changent et nous sommes à vos côtés pour cela.

Le soutien de la France est ancien et poursuit sa montée en puissance depuis 2019, à travers notamment l’AFD, qui a engagé 34M€ en propre dans le Fonds commun et dans des projets spécifiques en zone de crise, et qui gère par ailleurs les 77 M€ du Partenariat mondial pour l’éducation en soutien à la politique éducative.

Parmi les priorités de notre travail commun dans les mois et les années à venir figure sans aucun doute l’amélioration de l’apprentissage de la langue française, particulièrement pour les enseignants eux-mêmes.

Nous continuerons l’année prochaine à accompagner la structuration de l’enseignement supérieur et de la recherche afin de relever les défis économiques et sociaux qui freinent le développement du Niger, avec  l’accroissement des mobilités universitaires, européennes (Erasmus+) et françaises et les partenariats universitaires d’excellence dans de secteurs clés comme celui de l’Eau, mais aussi la création ici à Niamey d’un Espace Campus France de 150m² dédié à la jeunesse nigérienne et à sa mobilité universitaire.

Mesdames et Messieurs,

J’ai déjà été très long mais je souhaiterais, avant de terminer, dire quelques mots aux chefs d’entreprises françaises présents ici ce soir, et qui contribuent aussi pleinement à la richesse de la relation bilatérale.

Une trentaine d’entreprises françaises ou à intérêts français sont actives au Niger sur l’ensemble des secteurs de l’économie (notamment la SEEN -groupe Veolia-, Orano, Bolloré, Sogea-Satom, Canal +  etc.). Elles sont particulièrement investies dans la transformation économique du pays. Elles sont particulièrement engagées en matière de Responsabilité sociale des entreprises (RSE), ce qui se traduit notamment par la formation des agents et cadres nationaux qui constituent l’essentiel de leurs salariés, et leur promotion au sein de l’entreprise.

Votre action est tout à fait méritoire, dans un climat des affaires et un environnement fiscal, disons-le clairement, pas évidents. J’encourage en tout cas les autorités nigériennes à poursuivre leurs efforts pour promouvoir un environnement favorable à l’émergence d’un secteur privé, moteur du développement et pourvoyeur d’emplois décents.

Extrait du discours de l’ambassadeur de France au  Niger; Alexandre Garcia.