Mr KADEY ;La Passion du métier d’enseignant

KADEY ISSOUFOU Mamadou Magi née le 04 février 1978 dans la localité de Kilakam (Maïné Soroa) est enseignant de Français au CEG 12 De Niamey. Pédagogue engagé, président du Mouvement National de la Jeunesse pour une Démocratie de Développement (MONAJEDD) et Secrétaire à la Formation idéologique et à l’Ethique de l’ONG Jeunesse Anti-Corruption (J.A.C-Niger). Il fait parti de ces héros qui jour et nuit travaillent pour un avenir meilleur des enfants.

 

« En fait, je n’ai pas choisi d’être enseignant dans un collège ou un lycée, mais plutôt dans une institution universitaire. C’est un rêve qui a été mis entre parenthèses à cause de  certaines réalités de mon pays sur lesquelles je ne souhaite pas m’attarder ici. Le destin a fait que je sois enseignant au secondaire. Et quand j’y suis entré, j’ai aimé ce métier. Je l’ai aimé parce que c’est un métier noble, attesté même par les Livres Saints. Il n’est pas donné à n’importe qui d’être enseignant. Il est une lumière qui éclaire la voie de tout un peuple. Un enseignant, c’est le moteur de l’évolution d’une Nation qui se respecte. Voilà pourquoi j’adore enseigner. » Nous a  répondu Mamadou à la question de savoir ; le pourquoi il a choisi l’enseignement.

Pour cet homme de 40 ans, l’éducation est le socle du bien-être, mais face à ces innombrables défis, il  est difficile de bâtir une école de qualité, mais il n’est pas impossible ; il affirme en substance : « Si je dois parler des problèmes dont souffre l’école nigérienne, je passerai une journée entière à parler. Déjà, je donnais certains aspects qui pourraient être à la source des gros ennuis dont souffre notre école aujourd’hui. En effet, l’école est totalement délaissée, abandonnée à un triste sort. L’Etat a démissionné ; les parents restent indifférents par rapport à l’avenir social, économique et professionnel de leurs enfants ; la corruption est devenue monnaie courante dans les institutions du domaine de l’éducation. Il faut noter aussi le quasi absence de matériels didactiques, entrainant une qualité médiocre de l’enseignement, ce qui témoigne le niveau des élèves et même de certains enseignants. En effet, il est pratiquement difficile pour certains collègues de construire une phrase sans commettre des fautes ; c’est la triste réalité. Aujourd’hui, il y a des personnes qui sont censés enseigner, mais qui ne comprennent même pas le sens du mot ‘’pédagogie’’, alors que celle-ci est l’outil par lequel la connaissance se transmet convenablement. L’enseignant lui-même souffre de baisse de niveau criard, en témoignent les dernières évaluations des enseignants contractuels de cycle de base I. Par ailleurs, le manque de conviction chez les enseignants est une réalité ; et en lieu et place de cela, c’est tout simplement le besoin de survivre qui pousse les jeunes à embrasser ce métier. Aussi, il n’y a pas d’obligation de résultats. L’école publique est devenue tout simplement un laboratoire de production de citoyens médiocres, puisqu’il semble que l’Etat ne se soucie même pas d’elle. Les derniers évènements qui ont caractérisé la crise scolaire et universitaire nous disent long sur la mauvaise foi des acteurs de l’éducation à la tête desquels l’Etat.

Il faut au passage noter que dans certains établissements, les élèves prennent cours sur le plancher, à même le sol, parce qu’il n’y a pas de tables-bancs. Bref, comme je le disais au départ, je ne finirai pas de parler des problèmes de l’école. Je viens d’évoquer là juste quelques-uns. »

Face à la commercialisation du savoir, les élèves issues de couchent populaires paient le prix fort et l’école Nigérienne outre ses difficultés, est en proie à une privatisation flagrante qui inquiète les parents surtout les plus démunis, les écoles publiques sont vues comme étant des écoles de pauvres ;et pourtant la quadragénaire arrive à trouver des solutions adaptées afin d’assurer l’éducation des enfants qui sont à sa charge ;à la question de savoir : Comment arrivez-vous à réussir votre mission de transmission de la connaissance dans un contexte social instable marqué par les grèves ? Il répond : « Nous organisons souvent des cours de rattrapage. Nous sommes disponibles à tout moment pour répondre aux questions des élèves, même en dehors des heures de classe, à dissiper leurs inquiétudes, à les encourager. Moi personnellement, j’ai créé un groupe WhatsApp avec mes élèves candidats afin de mieux les aider à préparer leurs examens de fin d’année. Je sais que beaucoup de mes collègues, pour ne pas dire tous, ne verront pas cela d’un bon œil, car il n’est pas intéressant disent-ils à tort ou à raison, qu’un enseignant partage son numéro avec ses élèves. Pour ma part, je me dis que cela dépend de la personne et de ses intentions. Quand il y a entre en enseignant et ses élèves une compréhension mutuelle, un respect réciproque, alors il n’y a aucune raison de ne pas partager son numéro si vraiment cela contribue à la réussite des élèves. Avec ce groupe, les élèves posent des questions auxquelles je réponds convenablement. Je poste des exercices qu’ils traitent pour les renvoyer sur la page du groupe. Je corrige ces exercices, j’explique des cours ; les élèves s’entraident. Et si j’agis ainsi, c’est parce que je me soucie beaucoup de la réussite de mes élèves, car leur réussite est aussi la mienne, autant que j’ai une part de responsabilité dans leur échec s’ils n’arrivent pas à réussir, aussi minime qu’elle soit. Je considère que le fait de ne pas être capable de réorienter certains élèves turbulents est un défaut qui contribue à leur échec. Cependant, quoi qu’on fasse, on ne peut jamais faire de tout le monde une réussite.

Par ailleurs, mon amour pour ce métier m’attribue une raison de donner le meilleur de moi malgré les multiples péripéties souvent désastreuses qui entourent la fonction de l’enseignement et la personne de l’enseignant. Je profite de l’occasion qui m’est offerte pour réaffirmer ma disponibilité à aider mes élèves du CEG 12 et tout autre élève qui a besoin d’aide. Aussi, s’il m’est donné un quelconque pouvoir de changer les choses, je ferais en sorte que l’école renaisse, qu’elle retrouve son nom d’antan. Je me souviens encore de quand on était à l’école primaire à l’époque du Général Kountché. Il faisait bon vivre à l’école ; on était des élèves choyés, protégés, bien instruits, soignés et que sais-je encore ? Aujourd’hui,

Même les parents sont réticents à l’idée d’envoyer leurs enfants à l’école publique, car cette dernière est semble-t-il, en train d’être privatisée. Aussi, il existe des enseignants prêts à tout donner, mais découragés par les attitudes des autorités, et parfois même de l’administration scolaire. Mais malgré tout, moi personnellement, je garde le moral car cela est utile pour être capable d’accomplir la tâche qui me revient, afin d’être utile à mes élèves et au-delà à mon pays. Le Niger m’a tout donné, absolument tout ; c’est à mon tour maintenant de donner au Niger ce qu’il mérite : le travail bien fait. »

Un super héros qui donne le meilleur.

Conscient de son rôle de formateur, d’éducateur ; Kadey est un excellent enseignant qui en dépit des difficultés rencontrés, continue d’émerveillé plus d’un de ses élèves ; il est un modèle de réussite, un citoyen modèle qui comprend la situation économique de son pays à cet effet il affirma : « Quand je me suis engagé dans l’enseignement, je savais que j’avais une mission à accomplir. Aujourd’hui plus que jamais, j’ai un devoir moral envers moi-même, envers mon pays et surtout envers Dieu. Il sera pour moi une fierté de voir dans un futur plus ou moins proche des lumières qui brillent et qu’il me soit donné de savoir que c’est le fruit de mon travail. Si je dois être un artisan de l’édification d’un enseignement de qualité dans mon pays, cela me fera un plaisir exceptionnel. L’amour du travail bien fait, le désir d’être utile et serviable, l’ambition de construire un monde meilleur, et surtout le sentiment du devoir accompli, c’est cela qui me guide, et je le fais de façon désintéressée. Aujourd’hui, cela fait environ douze (12) années que j’enseigne. Il y a de cela trente-un (31) mois environ que je suis intégré à la fonction publique. Cependant, à l’heure où je parle, ma situation n’est pas encore régularisée, car il n’y a eu aucune mise en solde jusqu’ici. Je comprends que le pays a des difficultés et je prie Dieu pour l’aider à se ressaisir. C’est une situation on ne peut plus difficile que nous vivons. Il nous a été fait plusieurs promesses mais aucune n’a jamais été réellement tenue. Moi je fais pour ma part ce qui me revient à faire, et l’Etat doit faire à son tour ce qui lui revient à faire pour que nous ayons la force de travailler, même si nous le faisons même dans des conditions difficiles. Cependant, le plus important dans tout cela, c’est le pays, parce qu’il faut que le pays vive pour que je survive avec mes enfants, mes proches et mes concitoyens. »

L’éducation est une partie intégrante des droits de l’enfant et pour Kadey ; Elle se matérialise par la prise en charge totale de tous les besoins de l’enfant, qu’ils soient sociaux, économiques, sanitaires, éducatives…

L’enfant doit être protégé, inscrit à l’école, nourri, soigné et mis dans les meilleures conditions de vie. Il doit être initié à la citoyenneté, au respect des principes et des valeurs cardinales qui incarnent une société telle que la nôtre. L’enfant doit donc être initié au respect des autres, à l’amour du travail, à la solidarité, à l’hospitalité….

Un des meilleurs enseignants grâce à son dévouement.

Grâce à son engagement et sons sens d’innovation dans la diffusion du savoir, Kadey fait partie des meilleurs enseignants du Niger, il est proche de ses élèves et joue non seulement un rôle d’enseignant classique mais d’un éducateur ; ses élèves ont beaucoup d’admiration et pour lui et le juge comme une perfection ; en ce sens il affirma : « Je ne peux pas dire que je suis parfait, c’est trop dit. Mais je sais quand même que le respect est à la base de tout. Le meilleur enseignant, c’est celui qui respecte ses élèves qui soient-ils. Il ne les sous-estime pas ; il les considère comme des collaborateurs et non comme des gens à la tête vide qu’il faut remplir. Le meilleur enseignant, c’est celui qui montre à chacun de ses élèves, de façon individuelle, qu’il a la capacité de réussir. C’est aussi celui qui est disponible à tout moment pour répondre aux questions de ses élèves, pour les guider, les encourager, les pousser vers la réussite. Le meilleur enseignant, selon moi, c’est également celui-là qui aime sa matière, qui la maîtrise et qui la pratique convenablement. Le meilleur enseignant, c’est celui qui se forme constamment, qui se cultive de manière continue ; c’est celui qui agit toujours pour le rayonnement de l’école. Le meilleur enseignant, c’est celui qui a le souci des résultats ; c’est celui dont l’ambition est de former une élite, celui qui est animé par une conviction indestructible, un travail désintéressé. Sans me jeter des fleurs, c’est ce que j’ai l’habitude de faire. Et cela, tous mes supérieurs hiérarchiques, mes collègues et mes élèves peuvent le justifier, puisque parfois nous le faisons tous ensemble au CEG 12. »

 

Un plaidoyer à l’endroit des décideurs et partenaires de l’Etat Nigérien

Certes je suis un acteur d’une école de qualité au Niger, mais Je suis juste un enseignant ; en cela, il me revient de me cultiver davantage pour donner le meilleur de moi-même, et pour le reste, je ne peux que faire des recommandations pour que le système soit revu et corrigé. En effet, l’Etat doit réhabiliter l’Ecole de Pédagogie, revoir les programmes scolaires. A notre période, nous avions étudié à l’école primaire avec des manuels comme « La famille Boda », « Afrique Mon Afrique », « Mamadou et Bineta » …, des manuels riches en cultures et traditions africaines, et transmettant ou inculquant à l’enfant les fondements des valeurs anciennes de l’Afrique, l’importance de la famille et de la hiérarchie, celle du travail… Tout cela constitue la base d’une éducation adéquate et une école de qualité. Aussi, il est important que les enseignants soient encouragés dans ce qu’ils font afin de leur donner une raison de plus pour mieux faire. En outre, je crois qu’il doit y avoir, à mon humble avis, un système de contrôle qui fera des évaluations périodiques pour exiger des résultats de la part des enseignants. Cependant, il faudra pour ce faire, mettre les enseignants dans les meilleures conditions de vie et de travail.

 

Olivier ASSOGBAVI