L’une des images les plus frappantes de la pandémie de coronavirus (COVID-19), c’est le contraste entre des agriculteurs contraints de jeter les stocks de lait, d’œufs et de légumes qu’ils n’arrivent plus à écouler, et des consommateurs qui ne trouvent que des rayons vides, après avoir longtemps fait la queue devant les magasins d’alimentation. Comment expliquer une surabondance de produits agroalimentaires d’un côté et des pénuries de l’autre ?

Photo : Sambrian Mbaabu / Banque mondiale
Photo : Sambrian Mbaabu / Banque mondiale

Le système alimentaire mondial (figure 1) se caractérise aujourd’hui par des problèmes d’asymétrie d’information et des coûts de transaction qu’il est indispensable de corriger pour évoluer vers un modèle plus inclusif, plus résilient et plus durable. Si les processus de production alimentaire industrielle à grande échelle conjugués à une gestion des chaînes d’approvisionnement « en juste à temps » ont entraîné de nombreux bénéfices, les dangers de ce système sont de plus en plus visibles. Or la révolution numérique ouvre la voie à un autre équilibre, dans lequel les systèmes d’organisation et de production souples et à petite échelle peuvent prospérer et s’adapter rapidement à un environnement opérationnel changeant. La solution pourrait venir d’unités de petite taille et interconnectées. Souvenons-nous de l’évacuation de Dunkerque pendant la Seconde Guerre mondiale : ce sont des centaines de petits bateaux qui ont permis de sauver la mise alors que les troupes étaient bloquées sur la côte et que les grands navires ne pouvaient s’approcher pour les embarquer.

Chacun d’entre nous — soit au moins 7,7 milliards de personnes — est d’une façon ou d’une autre un maillon du système alimentaire. Nous décidons des aliments que nous consommons, des vêtements que nous portons et des produits que nous utilisons, dont une grande partie provient de l’agriculture. Les produits agricoles sont issus de 570 millions d’exploitations, pour la plupart familiales, de petite taille et situées dans les pays en développement. Les systèmes alimentaires sont locaux, et jouent en cela un rôle essentiel pour les populations, mais aussi mondiaux, car reliés entre eux par le commerce et des marchés financiers et d’assurance sophistiqués.

Bien qu’il fournisse de la nourriture à une population mondiale qui a plus que doublé au cours des 50 dernières années, le système alimentaire est très loin de pouvoir nous aider à réaliser les Objectifs de développement durable liés à l’élimination de la faim et de la pauvreté, à la santé, à l’utilisation des terres et à la lutte contre le changement climatique. Nous produisons en effet beaucoup de nourriture dans le monde, mais le nombre de personnes sous-alimentées a augmenté depuis 2014 (figure 2). Un enfant de moins de cinq ans sur cinq souffre d’un retard de croissance qui aura des conséquences négatives sur sa productivité tout au long de la vie.

Source: Banque mondiale