Salima Mahamadou; l’environnementaliste Nigérienne qui remet la restauration des terres au cœur des priorités
Salima Mahamadou; l’environnementaliste Nigérienne qui remet la restauration des terres au cœur des priorités.

Jeune nigérienne issue d’une mère originaire de la région de Zinder, et d’un père de la région de Dosso au Sud Niger, Salima Mahamadou est engagée dans les actions communautaires depuis son plus jeune âge. «Dès la classe de troisième, j’étais quelqu’une de très active, dans différents clubs sociaux » nous a-t-elle déclaré. Avec ses études et ses aventures pédagogiques, elle devient alors une actrice importante dans la restauration des terres.

La restauration des terres ; qu’est-ce que c’est ?

Dans le domaine foncier, ou des espaces cultivables, la restauration des terres désigne « la réparation des sols ». Dans un contexte Nigérien, c’est l’ensemble des procédés mis en œuvre pour repousser le désert ou rendre cultivable les sols lourds, difficiles à exploiter.

Les effets de la désertification au Niger; ne sont pas négligeables dans la vie des populations. Chaque année, le Niger perd plusieurs hectares de ses terres. Face à l’augmentation de la population et le poids de l’urbanisation grandissante, cette avancée du désert parait périlleuse pour les populations surtout celles des zones défavorisées. Si les causes de ces fléaux sont entre autres les changements climatiques, par exemple, il faut noter que les solutions n’en manquent pas.

C’est ce défi que tente de relever Salima Mahamadou, cette économiste et environnementaliste. Diplômée de l’université Américaine la « Green Coverage » avec l’organisation internationale «World Resources Institute ». En Décembre 2018, elle organisa à Niamey, une table ronde pour permettre aux différents acteurs du secteur foncier et d’autres aussi de réfléchir sur la question de la restauration des terres. Durant deux jours, plusieurs personnes ont participé à cette activité et d’importantes réflexions ont été faites.

Le parcours de Salima Mahamadou de l’université au World Resources Institute était aussi hasardeux mais guidé par l’engagement de celle-ci à apporter un plus au continent Africain en générale et au Niger en particulier. Elle nous raconte : « En 2015, je finissais ma quatrième année d’études, j’écrivais ma thèse sur le lien entre la sécheresse et l’extrémisme violent. Le World Resources Institute avait des données sur l’Afrique de l’Ouest. Puisque je m’intéressais à la région du lac Tchad et aussi les pays du bassin du fleuve Niger, j’ai dû rentrer en contact avec l’un des membres du personnel qui m’a ensuite proposé un stage qui aboutira plus tard à une carrière. »

La mission de Salima au sein du World Resources Institute est de diriger les projets de restauration des terres au Niger, au Cameroun et bien d’autres pays arides. Une tâche pas aisée (car il s’agit de convaincre des bailleurs de fonds et montrer la nécessité d’accompagner des projets de sauvegarde et de protection des sols)  que tente d’accomplir la jeune Salima. Elle nous précise : « Mon objectif est de montrer le potentiel du Niger,… pour prouver aux bailleurs que certes il y a un besoin au Niger, mais aussi que le Niger reste un pays leader dans beaucoup d’aspects de restauration et gestion des terres ».

La restauration des terres est un défi qui ne peut être relevé sans l’apport des communautés ou des personnes ressources car ces gens sont au cœur de l’action environnemental. Selon un rapport du FAO (Fond des Nations Unies pour l’Agriculture) rédigé par Michel Malagnoux, «De nombreuses techniques traditionnelles ont été mises au point par les populations dans les diverses zones arides et semi-arides de la planète. Des techniques que sont : les cordons isohypses et les terrasses agricoles ; le ‘’Teras’’ qui est une méthode mise en œuvre individuellement par les agriculteurs pour leurs cultures vivrières et qui permet non seulement de récolter les eaux de ruissellement, mais aussi de lutter contre l’érosion et de conserver la fertilité des sols ; et enfin le Zai qui est une technique de récupération des terres dégradées en introduisant leurs cultures dans des micro-cuvettes. Cette technique qui a été progressivement améliorée, est appelée « Zai » (ou Saai) au Burkina-Faso et « Tassa » au Niger». Salima Mahamadou appuie ces propos : « Je suis très souvent sur le terrain aux cotés des communautés pour comprendre quels sont leurs défis. Des fois, simplement en s’asseyant avec ceux-ci et passer une ou deux journées dans leurs milieux, permet de comprendre les défis réels». Elle renchérit en disant : « Très souvent, de l’extérieur on croit connaitre ce dont les communautés ont besoin. Mais venir se ressourcer est primordial pour le succès des opérations».

Le sens de l’engagement de Salima Mahamadou  ne se limite pas à l’élitisme et les rencontres entre experts.

A la question de savoir ce qui motive plus Salima Mahamadou elle nous répond : «  Si  il y a bien une chose qui m’inspire le plus, c’est de travailler avec des communautés démunies et de voir leurs sourires apparaitre après nos travaux»

La restauration des terres au Niger et partout en Afrique ou partout ailleurs permettrait de redonner l’espoir aux populations qui sont en situation de détresse compte tenu de l’avancée du désert, ou de la menace de disparition sous des eaux. Elle permettrait alors de prévenir le déplacement des personnes et limiter enfin les réfugiés climatiques. S’engager comme Salima Mahamadou parait impérieux pour un développement du continent. Mais faire plus qu’elle est alors un devoir.

Wa6k mag